Nous contacter

L’avenir des magasins physiques

Julia Bischof
Retail Director, International Executive

juillet 31, 2026

Le rôle des magasins physiques évolue et la confiance des clients devient le nouvel avantage concurrentiel. Découvrez pourquoi les points de vente ne sont plus seulement des lieux de transaction.

Le rôle des magasins physiques évolue et la confiance des clients devient le nouvel avantage concurrentiel. Découvrez pourquoi les points de vente ne sont plus seulement des lieux de transaction.

Dans le prolongement de notre étude Retail at the Crossroads, réalisée à partir d’entretiens menés auprès de plus de 750 retailers dans le monde, Emilie Robert, Global Retail Lead chez Valtech, et Pascal Malotti, Global Retail Strategy Lead chez Valtech, échangent avec Julia Bischof, dirigeante internationale du retail, autour de l’avenir des magasins physiques, des raisons qui poussent encore les clients à s’y rendre et de ce qui fait aujourd’hui la valeur d’une véritable expérience en magasin.

L’avenir des magasins physiques repose sur un changement fondamental de leur raison d’être. Les clients ne s’y rendent plus principalement pour découvrir des produits, mais pour confirmer leurs choix et se rassurer avant d’acheter. Désormais, la capacité à instaurer la confiance est ce qui donne toute sa valeur à l’expérience en magasin.

Cette évolution n’a rien de théorique. Elle est déjà une réalité sur le terrain.

Au cours de sa carrière, Julia Bischof a supervisé jusqu’à 150 magasins à travers l’Europe pour des enseignes comme Mango, Le Creuset ou Thomas Sabo. En plus de vingt ans, elle a vu une transformation s’imposer plus que toutes les autres : le moment où les clients ont cessé de venir en magasin pour découvrir une offre et ont commencé à venir pour confirmer une décision déjà prise.

« Dans les années 2010, les clients venaient encore en magasin pour découvrir les produits d’une marque. Aujourd’hui, ils ont déjà tout vu : sur les réseaux sociaux, sur le site web ou sur Amazon. »

Notre étude Retail at the Crossroads montre d’ailleurs que la plupart des dirigeants reconnaissent que les clients arrivent désormais en magasin mieux informés que les équipes de vente elles-mêmes.

L’expérience de Julia Bischof illustre parfaitement cette évolution. Le client hyperinformé n’a plus besoin qu’on le convainque. Il a besoin d’être conforté dans sa décision. C’est précisément ce que l’expérience en magasin doit désormais apporter.

Une fois que le magasin a perdu sa fonction d’information, il lui reste quelque chose de beaucoup plus difficile à concevoir et pratiquement impossible à reproduire en ligne : la capacité à instaurer la confiance et à transformer une visite en certitude.

La confiance commence avant même le premier échange

Cette confiance se construit dès les premières secondes et ne demande rien de plus qu’une véritable présence.

« Si personne ne vous salue lorsque vous entrez dans un magasin, c’est déjà perdu. Nous devrions accueillir les clients comme nous accueillerions des invités chez nous. »

Le principe paraît évident. Pourtant, dans les faits, peu de réseaux de magasins parviennent à le mettre en œuvre avec constance.

C’est précisément là que la place stratégique du magasin prend tout son sens. Dans le modèle Orchestrated Commerce de Valtech, le point de vente physique représente le niveau maximal de contrôle de la marque : un espace conçu par la marque, une interaction directe et une atmosphère entièrement maîtrisée. Aucun algorithme n’intervient. Aucun intermédiaire ne filtre l’expérience. La marque contrôle chaque signal envoyé au client.

Mais ce contrôle n’a de valeur que s’il se traduit par une expérience réellement vécue dès le franchissement de la porte. Une équipe peu disponible, absorbée par ses tâches internes, envoie immédiatement un message : vous n’étiez pas attendu. La conversation n’a pas encore commencé que la confiance est déjà entamée.

Vendre sans chercher à vendre

Si la première étape de la confiance se joue à l’entrée du magasin, la seconde se construit dans la conversation. C’est pourtant là que la plupart des programmes de formation restent insuffisants.

« La conversation ne devrait pas avoir pour objectif de vendre quelque chose au client. Elle devrait l’aider à trouver ce qui lui convient réellement. La vente n’est qu’une conséquence. »

Au cours des dernières années, Julia Bischof a profondément remis en question la manière dont les équipes étaient formées. Longtemps, les formations ont porté sur le comment : les caractéristiques produits, les bénéfices ou les techniques de conclusion de vente. Aujourd’hui, elle les recentre sur le pourquoi : ce que représente la marque, ce que recherche réellement le client et ce qu’une interaction de qualité peut créer.

« Nous avons appris à nos équipes à réciter des fiches produits. Nous devons désormais leur apprendre à comprendre les personnes qu’elles ont en face d’elles. »

Lorsqu’un client se sent réellement écouté, l’achat devient presque secondaire. Ce qu’il emporte avec lui dépasse la simple transaction : c’est le début d’une relation durable avec la marque.

Quand le digital casse ce que le magasin a construit

La confiance se construit à l’entrée du magasin, se renforce pendant l’échange… puis peut être détruite en quelques secondes.

« Rien n’est plus frustrant que d’entendre : "Désolé, nous ne pouvons pas associer cet achat à votre compte en ligne" ou "Si vous avez acheté en ligne, vous devez effectuer votre retour en ligne." Et pourtant, cela arrive encore aujourd’hui, même chez des marques qui se présentent comme très avancées dans leur transformation digitale. »

Ces frictions ne sont pas anecdotiques. Notre étude montre que les incohérences entre les expériences en ligne et en magasin restent l’une des principales causes de désengagement des clients. Le paradoxe est simple : plus une expérience en magasin crée une implication émotionnelle forte, plus la moindre rupture dans le parcours devient pénalisante.

Ce que les tableaux de bord ne mesurent pas

Si la véritable valeur d’une visite en magasin est la confiance qu’elle inspire, comment la mesurer ?

La réponse de Julia Bischof est volontairement dérangeante.

« Peut-être ne devrions-nous pas chercher à transformer les émotions en indicateurs. Les deux ne vont pas vraiment ensemble. »

Elle ne remet pas en cause l’intérêt de la donnée. Elle rappelle simplement ses limites.

Les indicateurs privilégient naturellement ce qui est facilement mesurable, au risque de faire passer au second plan ce qui crée réellement de la valeur.

Ce que les données peuvent montrer, en revanche, ce sont les effets dans la durée : la fréquence de retour, la valeur client à long terme ou l’accumulation progressive de preuves qu’une stratégie fonctionne.

Notre étude Retail at the Crossroads aboutit à la même conclusion. Les retailers qui obtiennent les meilleurs résultats ne sont pas ceux qui investissent davantage dans leur transformation, mais ceux qui acceptent de raisonner sur un horizon plus long.

La conversion est une photographie. La confiance est une dynamique.

La seule couche que les algorithmes ne peuvent pas traiter

Pour les trois à cinq prochaines années, Julia Bischof est catégorique.

« Les retailers qui réussiront seront ceux qui continueront à se remettre en question. Pas ceux qui pensent avoir trouvé une fois pour toutes la bonne réponse. »

Cette capacité d’adaptation deviendra encore plus essentielle à mesure que les agents IA s’interposeront entre les marques et leurs clients, en recommandant, sélectionnant ou achetant à leur place.

À ce niveau, le contrôle de la marque devient extrêmement faible. Les produits sont mis en concurrence sur la qualité de leurs données structurées et sur la confiance que leur accordent les algorithmes. Les marques devront être recommandables, pas seulement reconnaissables.

C’est précisément ce qui redonne au magasin physique toute son importance stratégique.

Il reste le seul espace où la confiance ne peut être désintermédiée. Aucun agent ne s’interpose entre la marque et son client. L’expérience est conçue, maîtrisée et vécue directement.

Ce que décrit Julia Bischof — un accueil sincère, une conversation authentique, un parcours cohérent — n’est pas un simple complément de l’écosystème digital. C’est la fondation sur laquelle repose tout le reste.

L’avenir des magasins physiques réside dans leur capacité à accomplir ce qu’aucun canal digital ne peut reproduire : instaurer la confiance grâce à une expérience humaine directe.

Les clients continuent de fréquenter les magasins non pour s’informer, mais pour être confortés dans leurs décisions.

Les retailers qui comprendront cette évolution, en passant d’une logique de transaction à une logique de confiance, seront ceux qui préserveront durablement leur pertinence et leur performance.

Le magasin ne vend plus. Il crée la confiance qui rend toutes les autres ventes possibles.

Contactez les auteurs

Émilie Robert
Global Vertical Retail Lead & Global Client Executive
Pascal Malotti
Global Retail Strategy Lead & Strategy Director at Valtech France, pascal.malotti@valtech.com

Contactez-nous

Remplissez vos coordonnées et démarrons votre parcours de transformation digitale.

Si vous avez besoin d’un format alternatif ou d’une aide à la communication pour transmettre vos retours, veuillez contacter Sheree Atcheson.