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Insight

Pourquoi La Redoute ouvre un showroom et non un magasin

juillet 29, 2026

Dans le prolongement de notre étude Retail at the Crossroads, réalisée à partir d'entretiens menés auprès de plus de 750 retailers dans le monde, Emilie Robert, Global Retail Lead chez Valtech, et Pascal Malotti, Global Retail Strategy Lead chez Valtech, échangent avec Damien Poelhekke, CEO de La Redoute Southern Europe et Global Director of B2B. Alors que La Redoute s'apprête à ouvrir un nouveau showroom à Barcelone, Damien explique pourquoi, selon lui, l'avenir du commerce physique repose sur la présence de la marque, la qualité des relations avec les clients et des expériences qu'aucun canal en ligne ne peut offrir.

Le retail a passé la dernière décennie à optimiser la transaction. En septembre prochain, à Barcelone, une marque née il y a 189 ans autour de la vente par catalogue fait le pari que la prochaine décennie se gagnera sur un autre terrain : celui de la présence. Avec son nouveau showroom, La Redoute ne mesure pas son succès en chiffre d'affaires, mais à la qualité des relations qu'elle construit.

Damien Poelhekke tient d'ailleurs à ne pas parler de « magasin ». Il préfère évoquer un lieu de commerce où vendre n'est pas l'objectif principal. Ce qu'il cherche est moins immédiat, mais plus durable : « Si quelqu'un achète un canapé, tant mieux. Mais ce que je veux vraiment, c'est que, le jour où il en aura besoin, il pense à nous. Ce n'est pas un canal de vente. C'est un canal marketing. Et ici, le chiffre d'affaires n'est pas ma priorité. »

Le magasin n'est pas mort : il a simplement changé de rôle

Pendant des années, un magasin n'avait qu'une mission : vendre. Aujourd'hui, le digital remplit parfaitement cette fonction. Les clients découvrent, comparent et achètent où et quand ils le souhaitent. Et à mesure que les assistants IA redessinent le parcours d'achat, les marques font face à un risque plus subtil : devenir invisibles au moment même où la décision d'achat se prend.

Le magasin est peut-être désormais le dernier espace où une marque maîtrise entièrement son récit, du début à la fin. Cela change profondément sa fonction : moins un canal de distribution qu'un lieu d'expression de la marque, de rencontres, de découverte, d'inspiration et de partage. C'est l'endroit où l'on peut transmettre tout ce que le marketing à la performance et les recommandations algorithmiques ne peuvent pas raconter. Les codes de ces nouveaux lieux sont désormais bien établis : galeries, artisanat, hospitalité et expérience. Le showroom de Barcelone est l'incarnation de cette vision.

De la performance à la présence

Damien Poelhekke décrit cette évolution avec franchise. Comme beaucoup d'enseignes, La Redoute a longtemps misé sur l'acquisition et le marketing à la performance tant que la croissance digitale restait relativement peu coûteuse. « Avant, nous faisions beaucoup de petites choses. Aujourd'hui, nous en faisons beaucoup moins. Mais lorsque nous faisons quelque chose, nous le faisons très bien. »

Moins de campagnes d'acquisition permanentes, davantage d'événements, de collaborations avec des designers, d'initiatives créatives et de communautés engagées.

Pour beaucoup de marques, acheter de nouveaux clients revient à construire la marque. Pour Damien Poelhekke, c'est une illusion. Construire une véritable marque demande du temps et produit des résultats plus difficiles à mesurer. « Investir 50 000 ou 100 000 € sans retour immédiat n'est pas simple. Mais c'est précisément ce qui crée une différenciation durable. »

Ce type d'investissement repose avant tout sur une conviction. Aucun tableau de bord ne peut la fournir. Damien Poelhekke parle d'expérience : avant de rejoindre La Redoute, il a développé les activités de Made.com au Benelux et ouvert son premier showroom.

Le projet barcelonais suit exactement cette logique. À l'origine, il ne s'agissait pas d'un projet d'expansion du réseau physique, mais d'un simple besoin de bureaux. Plutôt que de louer un espace de travail classique, Damien Poelhekke a choisi un local plus grand pouvant accueillir à la fois les équipes et le public. Les collaborateurs y travaillent deux ou trois jours par semaine. Le reste du temps, l'espace accueille designers, clients, partenaires et événements. « Je n'ai pas le budget pour ouvrir un magasin », explique-t-il.

Le showroom devient ainsi la conséquence d'un loyer déjà engagé, et non un investissement immobilier supplémentaire. Si le modèle fonctionne, il pourra être reproduit dans d'autres villes.

Some produits doivent être touchés

À mesure que le marché de la mode devient plus concurrentiel, La Redoute trouve une part croissante de sa différenciation dans l'univers de la maison. Acheter un abat-jour en ligne est simple. Choisir un canapé est une tout autre expérience. La texture, le confort, le poids ou encore le rapport entre qualité et prix sont autant d'éléments qu'aucun écran ne peut restituer fidèlement.

« Lorsque les gens touchent le produit, ils comprennent sa qualité et ils comprennent son prix. » Le commentaire que Damien Poelhekke entend le plus souvent lors des événements est d'une simplicité désarmante : « C'est encore mieux que ce que j'imaginais. » La présence physique réduit l'écart entre la perception et la réalité.

La communauté avant la conversion

L'espace de Barcelone est conçu pour favoriser un autre type de relation, ce qui suppose aussi un autre type de collaborateurs. Plutôt que des profils issus du retail, Damien Poelhekke recherche des personnes venant de l'hôtellerie, habituées à accueillir, échanger et créer une expérience. « Peu importe ce que vous faisiez avant. » Selon lui, certains des meilleurs talents qu'il a rencontrés ont suivi des parcours totalement inattendus.

Lorsque la conversion immédiate n'est plus l'objectif principal, la réussite dépend moins de la vente que de la qualité des relations. Dans un lieu comme celui-ci, on ne recrute pas un vendeur ou un caissier. On recrute un hôte.

Cette même logique s'applique à La Redoute Business, l'activité dédiée à l'aménagement des hôtels, restaurants, architectes, promoteurs immobiliers et espaces de coworking, dont beaucoup ignorent encore l'existence. Le showroom de Barcelone devient un lieu pour rencontrer les prescripteurs, présenter des réalisations et développer des partenariats, bien au-delà de la simple exposition de produits.

L'IA renforce la valeur de la présence physique

Malgré son attachement au commerce physique, Damien Poelhekke ne se montre pas sceptique vis-à-vis de l'IA. En interne, il utilise déjà plusieurs agents IA, dont un « opportunity radar » capable d'identifier de nouveaux hôtels, restaurants et projets immobiliers partout en Europe avant ses concurrents.

Côté consommateurs, son approche est plus nuancée : les clients veulent encore participer à la décision.

C'est précisément cette tension qui renforce l'importance de la présence physique. À mesure que les parcours d'achat sont davantage pilotés par les algorithmes et les agents IA, les rares moments où une marque rencontre directement un client prennent encore plus de valeur. Un algorithme ne serre jamais une main. L'acquisition reste digitale. L'espace physique devient une destination.

C'est pourquoi, rappelle Damien Poelhekke, une marque née sur Internet n'a pas besoin d'investir dans une boutique sur les Champs-Élysées de la même manière que Zara. Zara construit sa marque principalement grâce à ses magasins et investit très peu en publicité. La Redoute, qui touche déjà son audience en ligne, peut concentrer ses investissements sur des espaces physiques là où ils créent réellement de la valeur.

Un prototype du magasin de demain

Barcelone n'est pas seulement le premier showroom de La Redoute en dehors de son modèle historique. C'est un prototype de ce que pourrait devenir le commerce physique.

Pendant des décennies, les retailers ont évalué la performance d'un magasin à son chiffre d'affaires au mètre carré. Demain, ils pourront aussi la mesurer à des indicateurs moins tangibles : les relations créées, les communautés développées ou les souvenirs laissés aux visiteurs.

Le paradoxe n'en est plus un : le magasin qui vend le mieux est peut-être celui qui cherche le moins à vendre. Le point de vente devient un lieu d'expérience. Ce n'est plus une simple hypothèse, mais une direction claire pour l'avenir du retail.

Le catalogue de La Redoute a appris à des générations de Français à acheter sans entrer dans un magasin. Aujourd'hui, l'entreprise apprend un exercice plus difficile encore : donner envie aux clients de franchir la porte… et de rester.

Contactez les auteurs

Emilie Robert
Global Vertical Retail Lead & Global Client Executive, emilie.robert@valtech.com
Pascal Malotti
Global Retail Strategy Lead & Strategy Director at Valtech France

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